La vraie fiancée

Elle est si belle qu'on est forcé de se demander pourquoi.
Olivier Py


Aux yeux d'Olivier Py, les contes des frères Grimm n'ont été que trop longtemps «considérés comme une vitrine idyllique pour petites filles en quête de prince». La plupart de ces contes n'ont pourtant rien de puéril : leur merveilleux est d'autant plus frappant qu'il se détache sur fond de gravité. La cruauté du monde n'est jamais bien loin, en ces contrées peuplées de pauvres orphelins ou de familles souffrant de la famine, où l'innocence est si souvent bafouée et l'enfance exploitée, persécutée, voire torturée...
Soit par exemple une petite orpheline à qui son père présente, un an après la mort de sa mère, la méchante femme qu'il vient d'épouser. Aucun labeur, aucun tourment ne parviennent à lui faire quitter la place. Mais quand sa marâtre lui fait croire qu'elle a provoqué la mort de son père, comment pourrait-elle ne pas prendre la fuite ? Il faut partir sur les routes de l'exil. Elle survivra grâce à l'amour, à l'amitié, car comme le dit le héros d'un autre conte, «il est un Dieu au ciel qui reconnaît les cœurs purs», c'est-à-dire qui leur donnera toujours les moyens de se faire reconnaître et de se reconnaître entre eux. Prince et Princesse finiront par se rencontrer, riront, chanteront, et malgré les trompeurs et les rivaux, malgré les philtres et l'oubli, chacun trouvera sa vraie place, la seule qui vaille, auprès de l'être élu de son cœur. Pour cela, on peut compter sur la fidélité d'un Jardinier, l'homme qui sait que les fleurs conduisent aux fruits, mais qu'elles ont aussi leur langue et leur beauté propres. On peut rêver aussi qu'un Ange passe (chez Py, il en passe toujours un, qui ne demande qu'à être connu). L'Ange et le Jardinier, la nature et la grâce, telles sont les deux rencontres que les héros des contes selon Py sont toujours en droit d'espérer. Rencontres auxquelles il convient désormais d'ajouter, comme on le sait depuis la création de La Vraie Fiancée, celle d'une troisième figure : le Comédien, grâce à qui la vérité peut vaincre en se mettant en jeu. Tout est donc bien qui finit bien. Car Py n'a garde d'oublier que devant un public d'enfants, «il est impensable d'imaginer autre chose que de communiquer une parole d'espoir». Chemin faisant, on aura entrevu quelques traits de la dureté du monde. On aura croisé une petite fille exploitée, puis délivrée. On aura affronté des peurs, y compris celles que l'amour peut susciter. En un mot, on se sera nourri de la sagesse naïve et de la gravité légère des contes, qui savent se faire entendre des enfants de tous âges, prendre au sérieux leur force et respecter leur volonté de savoir et de grandir. Après la création triomphale de La Vraie Fiancée, succès – et engagement auprès des jeunes publics – obligent : grâce à cette reprise, petits et grands pourront découvrir ou redécouvrir pour qui fleurit la rose...

http://www.theatre-odeon.fr/fr/la_saison/les_spectacles_2009_10/accueil-f-325-0.htm

Odéon, Ateliers Berthier Paris 17